Missionnaires d'Afrique
Province d'Afrique Centrale Bukavu
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Jean Mottoul M.Afr.
La SAM passe à lhistoire
1970-2008. Après trente-huit ans de travail la compagnie Service aérien missionnaire (la SAM) a mis fin à ses services, ce 19 mars 2008. La SAM travaillait depuis 1970. Le « géniteur » en fut le Père Jacques Fiévet, ce qui explique que durant de nombreuses années sa mini-compagnie était mieux connue au Congo sous le nom populaire de Air-Jacques.
Elle avait vu le jour à lépoque où le ravitaillement des communautés, hôpitaux ou écoles du diocèse de Kasongo devenait impossible : routes impraticables, ponts coupés, pas de lignes aériennes, rebellions, guerres Jacques qui ne parvenait plus à parcourir le diocèse pour la supervision des écoles, rêva alors dun petit service aérien pouvant atteindre les postes isolés. Cela pouvait sembler une utopie mais Jacques était tenace.
Avec lappui du diocèse de Kasongo et les encouragements du provincial, il remua terre et ciel, cest-à-dire les organismes humanitaires, pour trouver les fonds nécessaires. Avec laide de Fometro de Kasongo et dautres coopérateurs, le rêve put devenir réalité. Jacques se mit à lécole de pilotage auprès dun confrère qui pilotait déjà dans lIturi et il profita dun congé pour passer sa licence de pilote privé et de mécanicien davion ; il dénicha doccasion un Cherokee entoilé, monomoteur, à un prix certainement inférieur à ce quil vaudrait aujourdhui pour un musée daviation Cela pouvait paraître un luxe à lépoque, mais les années qui ont suivi ont mis en évidence sa nécessité. Ainsi commença laventure !
Chaque deux semaines Jacques volait de Kavumu, aéroport de Bukavu, jusquà Goma où il achetait ses 500 kg de marchandises : fromages, charcuterie, viande, légumes, etc. Puis il partait vers les petits aéroports de brousse où il descendait comme le Bon Saint Nicolas venu du ciel. Il tenait une comptabilité rigoureuse des frais et recettes et réussit ainsi à faire vivre sa compagnie par autofinancement. Il organisa même à Murhesa, le poste où il résidait, un élevage de porcs doù il tirait lui-même une charcuterie de qualité pour le régal des confrères de lintérieur et dailleurs. Il entretenait lui-même son avion et ne manquait pas de mettre ses talents de mécanicien au service des confrères pour les réparations de motos et voitures. Ses mains passaient ainsi du cambouis à la saumure quand elles ne tenaient pas le manche à balais.
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Le PARTENAVIA, un appareil italien de grande renommée.
Denis veillait à lentretien.
Un crash à Kavumu (mais ce nétait pas Jacques qui pilotait) réduisit lavion en fumée mais heureusement sans victime. En 1975 un curieux avion Cessna remplaça le Cherokee : un push-pull, unique au Congo par sa forme bizarre, bimoteur, avec une hélice devant le pilote et une derrière, non pour faire marche arrière, mais pour pousser !
Ce furent des tonnes de nourritures, de médicaments ou de matériel que Jacques et plus tard Denis apportèrent aux isolés du Maniema. Mais ils ne transportaient pas que du fret : combien de personnes ont pu bénéficier de ce transport ! Évêques, médecins, infirmiers, malades, blessés, missionnaires pères et surs, supérieur(e) s généraux ou provinciaux, séminaristes, étudiants mais aussi journalistes, coopérants, visiteurs
Certes, en trente-huit ans, il y eut bien des aventures et des émotions ; on pourrait en remplir un livre entier. Un jour, surpris par un gros orage, Jacques ne dut son salut quà une petite route de brousse sur laquelle il réussit un atterrissage in extremis avant de voir les grêlons sabattre sur les faibles toilures de lavion. Il y eut des crashs mais jamais avec Jacques ou son successeur Denis aux commandes. Il y eut toutefois une victime en 2001, lors dun vol dessai qui se termina dans une bananeraie près de Kavumu. Un paysan qui se trouvait au mauvais endroit perdit la vie.
Les pilotes, comme les avions, vieillissent et parfois la tâche devient trop lourde. En ces 38 années, il y eut certes des aide-pilotes qui travaillèrent avec plus ou moins de bonheur. Citons Joseph Durant, le frère Renatus, René Lefrère, Barbara Friedenberg, François Xavier Pinte, mais souvent ce furent plutôt des intérims. En 1986, la province dut chercher un confrère pour aider Jacques plus définitivement. On alla le dénicher en province de lIturi, dans la brousse de Laybo, en la personne du Père Denis Esnault. La province de lIturi accepta de le « prêter » au Kivu-Maniema sous condition de le restituer après trois ans Promesse jamais tenue, mais lIturi et le Kivu étant désormais réunis dans une même province la promesse est caduque ! Il y a dailleurs prescription.
Jacques et Denis travaillèrent ensemble jusquen 1994, année où Jacques dû abandonner pour raison dâge et de santé. Denis, promu nouveau PDG de la SAM, continua seul courageusement le travail. Lors des guerres qui affligèrent le Kivu, les vols durent être interrompus mais lavion dormit intact dans son hangar de Kavumu. Pourtant, un jour, le P. Denis vit son avion passer au-dessus de Murhesa pour repasser quelque temps après. Il ne sut jamais qui lavait emprunté ni pourquoi. Cest un miracle que lavion ne fut ni réquisitionné, ni « exporté », ni abîmé dans ces temps de pillage.
Au cours des années, il fallut remplacer les engins. Après le Cherokee et le Cesna (1975), ce furent successivement des Partenavia (1981 et 2001). En 1997, ce fut le remplacement des moteurs et des hélices. Fort de ses connaissances électroniques, Denis apporta des améliorations importantes suivant les progrès de la technique : équipements de navigation, pilote automatique, radar météo et enfin le fameux GPS qui a facilité grandement la navigation.
Durant les 38 années, les deux pilotes totalisèrent plus de 11 000 heures de vol sur la SAM. On ne peut compter le nombre de passagers qui en ont profité ni encore moins les centaines de tonnes de fret qui furent transportés. Le Père Denis, tout comme son fidèle cheval ailé, est arrivé à lâge de la retraite. Une page est tournée. Quelques compagnies aériennes peuvent maintenant aider au transport des personnes et du fret et lavenir laisse espérer que peu à peu les routes seront rouvertes. On ne peut que rendre grâce à Dieu davoir suscité cette forme daide à la fois humanitaire et spirituelle à cette région du Congo.
Merci de la protection divine qui a certainement accompagné Jacques et Denis dans leurs périples souvent dangereux. Jacques a pris son envol définitif vers le Seigneur en 2003. Denis continuera un travail de « rampant » dans la province. Quils soient remerciés tous deux pour ce quils ont accompli !
Jean Mottoul M.Afr.
Voir aussi dans la revue "Voix d'Afrique"
Tiré du Petit Echo N° 993 2008/7
Missionaries of Africa
Province Central Africa Bukavu
Jean Mottoul M.Afr.
THE STORY OF SAM
1970 - 2008. After thirty-eight years in operation, the Mission Air Service (SAM) ceased on the 19th March 2008. SAM ran from 1970. Its progenitor was Father Jacques Fiévet, which explains why for many years his mini-company in the Congo was better known popularly by the name of Air Jacques. It came into existence when supplying communities, hospitals or schools in Kasongo Diocese was becoming impossible; roads were impracticable, bridges were cut, there were no airlines, only rebellions, wars Jacques, who could not manage to cover the diocese for school supervision, then dreamed of a small air service that could reach isolated outposts. It could have appeared utopian, but Jacques was resolute.
With the support of Kasongo Diocese and the encouragement of the Provincial, he moved heaven and earth, i.e., humanitarian organisations, to raise the funds required. With the help of Fometro of Kasongo and other co-operators, the dream became reality. Jacques went to a pilots training school with a confrere who was already piloting in Ituri and he took advantage of a home leave to sit his private pilot and aircraft mechanics licence. He tracked down a second-hand single-engine canvas cockpit Cherokee at a price decidedly lower than its value today for an aviation museum.
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The PARTENAVIA, a renowned Italian plane.
Denis sees to the maintenance.This could have appeared a luxury at the time, but down the years it has proved its worth. Thus began the adventure!
Every two weeks, Jacques flew from Kavumu, the airport of Bukavu, to Goma, where he bought his 500kg of merchandise: cheese, cooked pork cuts, meat, vegetables, etc. He then took off towards the small field airports, where he landed like Father Christmas from above; he kept strict accounts of the expenses and income and succeeded in sustaining his company by self-financing. At Murhesa, his residence, he even organised a pork farm, where he himself chose quality cuts to the delight of his confreres upcountry and elsewhere.
He maintained his plane himself and did not neglect to put his talents as a mechanic at the service of confreres to repair their motorbikes and cars. In this way, his hands went from dirty grease to brine, when they were not holding the joystick.
A crash at Kavumu (although Jacques was not piloting) reduced the plane to smoking scrap, but fortunately there were no casualties. In 1975, a curious Cessna aircraft replaced the Cherokee. It was a push-pull configuration, unique in the Congo by its bizarre two-engine shape, with a (tractor) propeller in front of the pilot and one behind, not for reversing, but to push. This meant that tons of food, medicines or material could by brought by Jacques and later Denis to the isolated communities of Maniema. However, they not only carried freight. Countless people benefited from this transportation system! Bishops, doctors, nurses, patients, the wounded, Missionary Fathers and Sisters, men and women Superiors General or Provincials, seminarians, students as well as journalists, overseas service volunteers and visitors...
Admittedly, in thirty-eight years, there were lots of adventures and high emotion. An entire book could be written about them. One day, surprised by a huge storm, Jacques had only a small trail in the brushwood to thank for his life. He managed to land on it, only to see hailstones batter into the thin bodywork of the plane. There were crashes, but never with Jacques or his successor Denis at the controls. There was however, one victim. In 2001, during a test flight that ended in a banana grove near Kavumu, a farmer in the wrong place at the wrong time lost his life.
Pilots, like planes, age and sometimes the task becomes too heavy. Throughout these 38 years, admittedly, there have been co-pilots that worked with more or less satisfaction. We could mention Joseph Durant, Brother Renatus, René Lefrère, Barbara Friedenberg, François Xavier Pinte. Most often, however, they were temporary. In 1986, the Province had to find a confrere to help Jacques in a more consistent way. He was unearthed in the Province of Ituri, in the rural area of Laybo, in the person of Father Denis Esnault. The Province of Ituri agreed to lend him to Kivu-Maniema, on condition that he return after three years. This promise was never kept, but Ituri and Kivu have since been combined in a single Province and the promise is null and void! Besides, there is a ban.
Jacques and Denis worked together until 1994, when Jacques had to give up due to age and ill-health. Denis, promoted as the new PDG of SAM, bravely continued the task alone. During the wars that afflicted Kivu, flights had to be stopped, but the plane slept in its hangar at Kavumu. Nevertheless, one day, Fr Denis saw his plane pass over Murhesa and pass back over again some time later. He never knew who had borrowed it and why. It is a miracle the plane was not requisitioned, exported, or damaged in those years of pillaging.
Down the years, the aircraft had to be replaced. After the Cherokee and the Cessna, (1975), in succession, there were Partenavia (1981 and 2001). In 1997, the engines were replaced and new propellers installed. Equipped with his electronic knowledge, Denis brought important improvements in accordance with technical progress: navigation equipment, automatic pilot, weather radar and finally the famous GPS that assists navigation a great deal. For 38 years, both pilots totalled over 11,000 flying hours on SAM. The number of passengers who benefited from it and the hundreds of tons of freight transported are incalculable.
Father Denis, along with his faithful Pegasus, have arrived at retirement age. A page has been turned. Some airline companies can now help to transport people and freight, and future prospects bring hope that roads will gradually be reopened.
We can but give thanks to God to have given rise to this form of assistance, both humanitarian and spiritual, for this region of Congo. Thanks to his protection that undoubtedly accompanied Jacques and Denis in their often perilous journeys. Jacques took off for good towards the Lord in 2003. Denis will continue a ground staff job in the Province. May both of them be warmly applauded for all they have accomplished!
Jean Mottoul M.Afr.
From Petit Echo n°993 2008/7